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Littératie en santé : le chaînon manquant de la transition vers un système de santé prévenant
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Littératie en santé : le chaînon manquant de la transition vers un système de santé prévenant

La France est à un tournant de son histoire sanitaire. Vieillissement démographique, progression des maladies chroniques et tensions croissantes sur l’Assurance Maladie mettent en évidence les limites d’un système encore trop centré sur le curatif.

Dans une récente tribune collective appelant à décorréler la prévention du temps politique [accessible ici], un constat s’impose : notre pays ne pourra durablement améliorer la santé de sa population sans inscrire ses choix dans le temps long et sans changer de paradigme.

ll est désormais nécessaire d’aller au-delà de la prévention au sens classique, pour assumer pleinement l’ambition d’une médecine préventive et personnalisée, fondée sur la connaissance des risques individuels, l’anticipation et l’engagement éclairé des citoyens.

La médecine préventive et de longévité est l’étape suivante et complémentaire aux politiques de prévention et de santé populationnelle. Elle s’impose comme l’une des révolutions médicales majeures des décennies à venir et apporte une réponse stratégique aux défis croissants de santé publique.

En intégrant la génomique, la biotechnologie et la médecine régénérative, cette approche permet une prise en charge ultra-personnalisée : identifier les risques plus précocement, adapter les stratégies thérapeutiques et, à terme, améliorer la réparation des tissus altérés par le vieillissement.

Proche de la médecine de précision, la médecine préventive personnalisée cherche à adapter prévention, diagnostic et traitement à la biologie propre de chaque individu. Elle s’appuie sur la génétique, les biomarqueurs, l’environnement et les données liées aux modes de vie pour guider des décisions médicales plus fines et plus anticipées.

Ce que révèle l’enquête nationale
Le French Health Literacy Survey (HLS France 2020–2021, publié en 2024) révèle un paradoxe français :
• un niveau moyen de littératie en santé élevé (77,5/100),
• mais 44 % des adultes présentant un niveau limité.
Source: Santé Publique France https://www.santepubliquefrance.fr/docs/litteratie-en-sante-rapport-de-l-etude-health-literacy-survey-france-2020-2021

Les fragilités sont particulièrement marquées lorsqu’il s’agit :
• de s’orienter dans le système de santé,
• d’évaluer la fiabilité de l’information médicale et scientifique, notamment en ligne,
• de participer activement aux décisions médicales, en exprimant ses préférences et ses arbitrages.

Or ces compétences sont indispensables pour passer d’une logique de prévention populationnelle à une médecine préventive individualisée, appuyée sur les données, le numérique et l’intelligence artificielle.

De la prévention à la médecine préventive et personnalisée
La prévention traditionnelle repose souvent sur des messages généraux, parfois normatifs.
La médecine préventive et personnalisée, elle, suppose :
• la compréhension de ses facteurs de risque propres,
• l’interprétation de bénéfices et de risques individualisés,
• la capacité à choisir et à agir avant l’apparition de la maladie,
• un dialogue éclairé avec les professionnels de santé.

Sans littératie en santé, cette évolution reste hors de portée pour une large partie de la population et risque d’accentuer les inégalités plutôt que de les réduire.

Un enjeu d’équité et de soutenabilité
Prévenir plus tôt et efficacement est une condition essentielle de la soutenabilité de notre système de santé.
Or l’enquête confirme un gradient social très marqué : précarité, faible niveau socio-économique et maladies chroniques sont associés à une littératie plus faible.

Ne pas investir dans ce levier, c’est accepter :
• une médecine préventive et personnalisée à deux vitesses,
• une perte de chance durable pour les populations les plus vulnérables,
• une dérive des coûts liée à des prises en charge tardives et peu ciblées.

À l’inverse, renforcer la littératie en santé, c’est créer les conditions d’une médecine plus efficace, plus juste et réellement orientée vers le temps long.

Décorréler le temps politique… pour permettre la médecine préventive
La prévention ne peut être soumise aux cycles électoraux. Cette exigence vaut d’autant plus pour la médecine préventive et personnalisée, qui nécessite stabilité, investissements durables et continuité des politiques publiques.

Cela implique :
• une stratégie nationale inscrite dans le temps long,
• des investissements pérennes dans l’éducation à la santé dès l’enfance,
• des outils numériques conçus pour être compris et utilisés,
• la formation de l’ensemble des acteurs en contact avec les citoyens, bien au-delà des seuls soignants.

Conclusion
L’enjeu, aujourd’hui, est d’aller plus loin que la prévention et d’assumer pleinement la transition vers une médecine préventive et personnalisée, accessible au plus grand nombre.

Cette réforme de notre système de santé vers un modèle plus prévenant ne se jouera ni uniquement dans les lois, ni uniquement dans les technologies. Elle se jouera également dans la capacité des citoyens à comprendre, choisir et agir pour leur santé.

Décorréler la prévention du temps politique, c’est aussi investir massivement et durablement dans la littératie en santé. C’est une condition nécessaire et non négociable pour que la France reste un pays où l’on vit longtemps… et en bonne santé.

Pour aller plus loin
Ces réflexions trouveront un prolongement naturel lors de la deuxième édition de la conférence “Prévention et Longévité: Construire le système de santé de demain” qui se tiendra le 5 février 2026 à la Maison de la Chimie, à Paris.
Au-delà des débats politiques et des arbitrages budgétaires actuels, cette initiative s’inscrit dans le temps long, face à l’essoufflement du modèle curatif et à l’explosion des maladies chroniques. Si les solutions cliniques existent déjà, la seule technologie ne suffira pas : un nouveau modèle économique et culturel doit émerger.

Comme nous aimons à le dire : « Demain, nous irons à l’hôpital parce que nous sommes en bonne santé… et pour le rester. »

📌 Programme et inscriptions : www.prevention-longevite.org

Auteurs

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Dr Fabrice Denis MD, PhD

Médecin oncologue et cofondateur de la Clinique de l’Étoile au Mans, il préside l’Institute for Smarthealth (INeS) et dirige l’Institut de Prévention Astrium. Pionnier de la santé numérique, il a conçu 20 applications, dont la première solution e-santé remboursée en France. Cofondateur de Kelindi, il a contribué aux premières recommandations internationales sur la télésurveillance en oncologie en 2022. Directeur de plusieurs Diplômes d’Université au CNAM et conseiller e-santé auprès des autorités françaises, il a été élu « Personnalité de l’année » en santé en 2020.

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Hicham Temsamani

Ingénieur biomédical, expert en santé et technologies médicales, il cumule plus de 25 ans d’expérience internationale dans le digital, la donnée et l’innovation clinique. Après des débuts au CNES dans la télémédecine, il occupe des fonctions de direction chez Cisco, Cardinal Health, AWS et Google Cloud. Fondateur de H.B.T Group France, il accompagne les acteurs de la santé dans leurs stratégies de croissance, de transformation digitale et d’innovation. Il est également fondateur de la conférence « Prévention & Longévité », consacrée à la médecine personnalisée et aux innovations en santé.

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